Daniel Challe

La photographie à 20 ans

Quand j’ai rencontré la photographie; c’était autour de mes 20 ans, j’ai vite su que cet outil serait le mien. Je m’étais rêvé romancier mais mon premier Olympus OM 10 et son 50 mm tenait mieux que tout au monde de machine à écrire. Écrire dehors dans la lumière, quel bonheur pour le corps, les yeux et les jambes Ma culture photographique tenait alors de deux, trois noms: Robert Doisneau, Claude Batho (je m’en souviens), du Libé de l’époque en noir et blanc (quelle merveille ! ) et surtout des pochettes des albums de rock que j’achetais à tour de bras chez le disquaire. Nina Hagen, Téléphone, Bijou, Taxi Girl, Starshooter, La Souris déglinguée (LSD)….tant de belles pochettes où les photographies étaient inventives, speedées, joyeuses, la vie quoi ! Et la photographie c’était la vie ! J’ai découvert plus tard Robert Frank et les hobos, l’Irlande du Nord de Gilles Caron ( qui résonnait avec la chanson « Bloody Sunday » de U2), les blousons noirs de Yann Morvan, le « Black passport » de Stanley Greene, tant d’ écritures qui racontaient le voyage, la guerre, l’engagement, le courage, l’amour. Je suivais les planches-contact dans mon cerveau, la bande qui défilait en 35mm, ce reportage que je montais où je mélangeais mes images à celles des photographes que j’aimais. Aurais-je pu vivre sans cela ? Non certainement pas. La photographie était devenue ma vie même, et il me fallait l’appareil photo toujours pas trop loin de moi, dans mes mains, dans mes sacs à dos, comme pour l’écrivain le carnet de poche et le stylo. J’ai toujours, comme à mes 20 ans, le cœur qui bat quand je fais des photos, toujours ce même plaisir, instinctif, vital. J’illustre ces pensées du matin par quelques photos faite dans un endroit que j’adore, le Bistrots des Tilleuls à Annecy, là où tout à commencer pour moi avenue de Loverchy. J’écoutais du rock, je regardais les cerisiers japonais en fleurs (disparus- seppuku-Taxi Girl), je regardais les visages dans la rue, les épiceries (l’Étoile des Alpes- disparue), au lycée Gabriel Fauré. Les filles, le football des terrains vagues, les ouvriers qui partaient le matin avec leur sac banane et leurs gamelles laiton, tout un monde que j’ai gardé dans mon cerveau, retenu dans ces strates du Temps, que je photographie encore quand je le retrouve, quand je le rencontre. Les images mentales du passé se superposent alors à celles du présent, en photographie on a toujours 20 ans.