Depuis 40 ans que je suis photographe, chaque fois je m’envole quand j’appuie sur le bouton de déclenchement de mon appareil photo. Ce plaisir est inexplicable. Le réel, sa découverte, les choses à voir sont pour moi mille fois plus riches que n’importe quel livre, n’importe quelle exposition, n’importe quel film. J’ai ressenti ce plaisir tout de suite et il ne m’a jamais quitté. J’ai travaillé avec différents appareils photo ( la chambre, le moyen-format 6×6) mais c’est au 35 mm que ce plaisir est le plus fort. Peut-être parce-que je suis dedans la photo, que mon esprit se concentre sur la chose vue. J’entendais l’autre jour un homme (un acteur, un réalisateur ?) qui disait comprendre les adolescents qui se réfugient dans le virtuel. Lui-même disait ne pouvoir vivre sans visionner deux films par jour. Je me disais que je pensais aux antipodes de ce Monsieur, que je n’avais pas besoin du virtuel, ni de la salle de cinéma, ni des écrans, que j’étais tellement heureux à me promener avec mon Leica, à regarder. Que je voudrais que ce plaisir dure toujours, et que sans doute pour moi il n’aurait pas de fin. Que j’étais comme un enfant et que j’avais trouvé le plus merveilleux des jouets.
